09.01.2011

Le bilan

Nouvelle mise à jour!

Par Danièle Bianchi, Djemâa Chraïti, Robert Conrad, John Goetelen, Jean-Marie Gumy et Haykel Ezzeddine

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illustration: © herreneck- Fotolia.com

"Les deux choses les plus importantes n'apparaissent pas au bilan de l'entreprise : sa réputation et ses hommes."  Henry Ford

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Le bilan

© Wolfgang Kraus - Fotolia.com.jpg31 décembre, fin d’année, début de nouvelle année : c’est l'heure des bilans comptables, des bouclements de fin d’année, oui l’heure des bilans. Augmentation des tarifs, diminution de prix, heure des changements ...
Pendant quelques jours, quelques heures, on peut croire que «ça va changer», on se souvient d’événements de l’année qui se termine, on prend parfois des résolutions.
Bilan annuel ... est-ce suffisant ?
Je crois que c’est plutôt chaque jour, chaque soir, qu’on peut penser à sa journée, voir ce qui a bien fonctionné, ce qui a été désagréable, ce qui nous a préoccupé et pourquoi. Il ne s’agit pas de se flageller ni de se féliciter, juste regarder sa journée, c’est rapide, mais ça permet de reprendre de l’énergie, de la force pour le lendemain sans attendre des résolutions de fin d’année, très vite impossible à tenir.
Oui le bilan c’est chaque jour et ça peut être léger. Entendu, j’essaie.

Danièle Bianchi

Illustration: © Wolfgang Kraus - Fotolia.com

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Le bilan par Jean Ferrat:


Ah ils nous en ont fait avaler des couleuvres
De Prague à Budapest de Sofia à Moscou
Les staliniens zélés qui mettaient tout en oeuvre
Pour vous faire signer les aveux les plus fous
Vous aviez combattu partout la bête immonde
Des brigades d'Espagne à celles des maquis
Votre jeunesse était l'histoire de ce monde
Vous aviez nom Kostov ou London ou Slansky

Sans titre.jpgAu nom de l'idéal qui nous faisait combattre
Et qui nous pousse encore à nous battre aujourd'hui
Ah ils nous en ont fait approuver des massacres
Que certains continuent d'appeler des erreurs
Une erreur c'est facile comme un et deux font quatre
Pour barrer d'un seul trait des années de terreur
Ce socialisme était une caricature
Si les temps on changé des ombres sont restées
J'en garde au fond du coeur la sombre meurtrissure
Dans ma bouche à jamais le soif de vérité

Au nom de l'idéal qui nous faisait combattre
Et qui nous pousse encore à nous battre aujourd'hui


Mais quand j'entends parler de "bilan" positif
Je ne peux m'empêcher de penser à quel prix
Et ces millions de morts qui forment le passif
C'est à eux qu'il faudrait demander leur avis
N'exigez pas de moi une âme de comptable
Pour chanter au présent ce siècle tragédie
Les acquis proposés comme dessous de table
Les cadavres passés en pertes et profits

Au nom de l'idéal qui nous faisait combattre
Et qui nous pousse encore à nous battre aujourd'hui


C'est un autre avenir qu'il faut qu'on réinvente
Sans idole ou modèle pas à pas humblement
Sans vérité tracée sans lendemains qui chantent
Un bonheur inventé définitivement
Un avenir naissant d'un peu moins de souffrance
Avec nos yeux ouverts et grands sur le réel
Un avenir conduit par notre vigilance
Envers tous les pouvoirs de la terre et du ciel

Au nom de l'idéal qui nous faisait combattre
Et qui nous pousse encore à nous battre aujourd'hui



Illustration: le site internet du chanteur

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La gestion relationnelle

Fotolia_24653586_XS.jpgUn bilan comptable est le résultat comparatif des entrées et des sorties en terme d’argent. On peut étendre ce concept à beaucoup d’autres domaines. Il y a le bilan de santé qui est l’état d’une personne à un moment donné en fonction de ce qui entre: nourriture, oxygène, liquides, et de qui sort: toxines, acides, gaz carbonique, déchets non assimilables.

S’il entre plus qu’il ne sort, la surcharge pondérale ou toxinique peuvent être à l’origine de maladies. Mais perdre plus qu’il n’entre est bien évidemment aussi source de pathologie. Trouver un équilibre c’est prendre en compte les quantités ingérées, le potentiel d’élimination, mais aussi la qualité et la nature de ce qui entre. Ne manger que des pâtes, même en quantités raisonnable, ne satisfait pas au besoin de variété indispensable à une bonne interaction digestive et donc à une bonne assimilation.

Le bilan peut aussi s’appliquer à ce qui entre et sort en terme de relations. Les échanges émotionnels et verbaux font aussi partie d’un totum, moins mesurable mais ressenti celui-ci. Comme pour les aliments, les informations verbales sont une charge qu’il faut digérer, recycler, et transformer ou éliminer. Une partie s’élimine ou se recycle d’elle-même avec le temps. Mais il faut aussi envisager de répondre, ou de dire à quelqu’un, pour éliminer ce qui a été reçu en trop. Avaler beaucoup et ne rien restituer aboutit à une indigestion ou à une forme d’intoxination psychique, et conduit à des risques de maladies de la communication et de l’âme.

Mais trop parler sans que l’autre nous ait envoyé d’information c’est comme foncer dans la nuit sans lumière. A moins de vouloir lancer un signal et donc d’oser avancer dans l’inconnu.

De toutes façons il ne s’agit pas de tout calculer au fur et à mesure. Par périodes nous échangeons plus et restituons davantage, à d’autres périodes nous avons besoin de plus de temps pour digérer et recycler. Ce n’est pas comme un tournoi d’échec où le temps est le même pour les deux joueurs et est décompté avec une minuterie.

Un bilan s’établit donc sur une période assez longue. L’important est que de temps en temps nous puissions faire ce bilan, tant au plan physique que relationnel, et envisager les corrections nécessaires si besoin est. N’oublions pas que nous gérons nous-mêmes notre vie physique et relationnelle. Un bilan relationnel fait partie de la gestion de soi et de sa santé."

John Goetelen

Illustration: © JohnKwan - Fotolia.com

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Le bilan d'un oiseau migrateur

Il avait atteint l'âge de raison. Mais lui, il était resté déraisonnable. A fond, tout au fond des gouffres, et parfois au ciel, aussi. C'était un homme aux tempes grisonnantes dont la vie ressemblait à un trekking népalais ou saharien permanent. Tout en haut de l'Everest à -50 degrés sous zéro avec comme ivresse l'altitude amoureuse quasi divine. Ou alors tout en bas, dans le désert, à +50 degrés. trouvant au milieu des sables une princesse d'eau fraîche et d'azur déclenchant l'imagerie cinématographique d'un conte amoureux des Milles et Une nuit entre un insultant chronique de la classe dirigeante corrompue et une consultante de messie improbable rompue à la mystique coranique.

Avec ses squats professionnels nécessaires à faire bouillir l'eau de la marmite et à nourrir ses enfants, ses accidents de parcours, ses détresses morales et financières, l'homme avait vécu, on devrait plutôt écrire survécu, comme il l'avait voulu "sans faire exprès" tout au long de sa vie: un sorte de gitan sans roulotte, sans guitare, sans le titre. Mais un gitan quand même qui n'acceptait ni les frontières, ni les profondes injustices, ni l'ignorance des nantis, ni la haine des jaloux, ni l'envie des pauvres, ni le cynisme des profiteurs, ni l'intolérance des gens dès que tel ou tel être humain sort des sentiers battus par le troupeau des moutons suivant le cadre strict, le plan de carrière voulu, la vie petite bourgeoise bien organisée et bien arrangée, avec ses pots de bégonias et de géraniums aux balcons et ses nains de jardin ou sa haie de cyprès, ses vacances et week-ends planifiés, ses mômes empruntant la filière idéale des études supérieures prévue par maman et papa.

L'homme de 50 ans n'avait pas raison malgré son âge de raison. Il n'en faisait qu'à sa tête qu'il perdait de plus en plus souvent pour dessiner la vie piétinante des moutons du haut de son écran d'ordinateur. Son but n'était pas de sacrifier les moutons bêlants dans une sorte de testament à Dieu. Son but était de glorifier la vie, le respect de la vie et l'amour de la Création. Pour cela, il perdait un temps fou à méditer sur tous les thèmes, ce qui l'empêchait de vivre sur la planète Terre avec tout le confort dont il aurait pu rêver. "Emmène-moi sur ta planète" imaginait-il souvent dans un discours avec le Petit Prince de Saint-Ex. Car sur la Terre, il était devenu un grand déraciné, bien qu'ayant vécu quasi toute sa vie au pays. Un déraciné qui avait retourné ses racines vers le Ciel afin d'y puiser l'eau dans la pureté de l'infini plutôt que dans les terres polluées par tous les toxiques de notre époque. La tête en bas, il respirait de moins en moins cet air vicié qu'il avait pourtant accepté de consommer avec frénésie à une certaine époque de sa vie. Aujourd'hui, il se bouchait bouche et nez, frisait l'asphyxie volontaire et l'exclusion finale hors de cette société qui le trouvait de plus en plus étrange et trop étranger à ses croyances et ses habitudes.

C'était un homme décalé, avant d'être recalé définitivement, ultime destination de l'homme marginal, pour le reste de ses jours à vivre. Il ne trouvait plus la flamme pour continuer son job de saltimbanque des casseroles. Elles ne l'amusaient plus du tout ses jolies figurines d'acier et d'aluminium qui sans cesse prenaient la graisse, les résidus, et la suie à la suite d'un bon plat cuisiné. Plonger dans l'eau de vaisselle, frotter, dégraisser, et recommencer le manège de la Mère Souillon. Des milliers et des milliers de fois. Tout cela pour satisfaire quelques estomacs grassouillets venus se remplir, l'air gai ou soucieux, avec le regard sympathique de celles et ceux qui reconnaissent à la fois le plat de bon aloi mitonné pour les papilles et l'ingratitude du job, ou, nettement plus déprimant, ceux vides et sans expression de ces visages indifférents à celui qui vient de les nourrir pour la journée.

© Irochka - Fotolia.com.jpgL'homme avait-il envie de partir? Sans doute. Mais pour où? Pas dans un pays où l'injustice frappait encore plus les citoyennes et les citoyens. Pas pour une illusion de fuite qui ne mènerait vers nulle part. Il avait juste envie de se mettre en marche, de larguer ce nécessaire besoin de productivité, cette obligation absolue d'être rentable et solvable à la société de consommation. Il avait envie d'être libéré de ses obligations de servir l'armée des soldats du capitalisme. Trouver autre chose de mieux, être réformé, être viré, être reconsidéré. Il était seul. Il regardait autour de lui. Et tout le monde le fixait lourdement en lui rappelant son bilan catastrophique qui n'avait cessé de faire faillite en passant en revue sa vie, ses pertes nombreuses et ses profits minimes mis au bénéfice d'un jardin secret qu'il dévoilait comme un chapelet de perles des profondeurs adressé aux humains.

L'homme de 50 ans, sans qualités ou aptitudes pour la compétition et l'acharnement des besoins frénétiques, atteignait la sortie de secours de son cinéma comme un grand brûlé qui s'était bouté le feu par désespoir de ne jamais avoir un autre signe distinctif que "travailleur dans l'hôtellerie et la restauration" sur sa fiche de chômage et "insolvable" sur son fichier de l'Office des poursuites.

Il rêvait d'une nouvelle vie, avant d'établir son bilan définitif. Voyage en Tunisie, sans soucis d'argent, puis mariage sans dette envers la société. Libre, simplement libre d'aimer sa princesse grâce à la manne divine tombée sur la tête d'un croyant.

Dieu n'avait-Il pas oublié de lui lire son bilan de migrant, à cet homme, avant de lui envoyer par miracle, ou par supplice, cette si douce fille du désert?

Jean-Marie Gumy

Illustration: © Irochka - Fotolia.com

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Cherche une remplaçante ou un remplaçant !


Blog collectif.jpgBilan éditorial exceptionnel. Le blog collectif a vu le jour les dernières semaines de l’année 2009 sous la férule de la talentueuse écrivaine Djemâa Chraiti. Repris par votre serviteur en février 2010 pour laisser le temps à Chraiti de finir son dernier roman, le blog collectif a en tout publié 46 notes dont une individuelle signée Robert Conrad découlant d’un malentendu. Il n’a pas fait attention à la date de parution de la note sur la Rentrée. Ce qui a donné une participation spéciale avec un seul intervenant.
28 blogueurs ont contribué chacun à son rythme à cette belle aventure. Certains ont collaboré une seule fois et d’autres ont fait beaucoup mieux. Personnellement je n’ai raté aucun rendez-vous mais je n’avais aucun mérite vu ma responsabilité d’animateur. Certains sujets ont eu du mal à inspirer les blogueuses et les blogueurs (exemple le bio), d’autres m’ont valu des récriminations (la Constituante). Trouver un équilibre entre des sujets d’actualité et des thèmes d’ordre général ce n’est pas toujours évident. Tous les thèmes ne sont pas de mon cru fort heureusement. J’ai beaucoup été aidé dans cette tâche fort difficile. Après presque une année derrière les commandes de ce blog,  je cède ma place à celui ou a celle qui veut la prendre. Comme toute entreprise collective, le changement de direction est de bon aloi, histoire de donner un nouveau souffle et un nouveau départ. Par la présente, je lance un avis à celle ou à celui qui veut poursuivre cette oeuvre et reprendre le flambeau. J’étais heureux d’avoir vécu ce challenge qui me donnait beaucoup de travail et énormément de satisfaction. Merci aux 27 blogueuses et blogueurs qui m’ont donné cette occasion et merci pour les “encouragements” de notre hébergeur!


Ont collaboré au Blog collectif, le chiffre indique le nombre de participations:


Haykel Ezzeddine: 45
Djemâa Chraiti: 38
Robert Conrad: 27
John Goetelen: 26
Danièle Bianchi: 18
Mari-France de Meuron: 15
Jean-Marie Gumy:12
Mohamed Ftelina: 6
Anne-Marie Brunner: 4
Luzia: 4
Pierre-Jean Ruffieux: 3
Aurore Bui: 3
Charly Schwarz: 2
Pierre Losio: 2
Antoine Vielliard: 1
Danielle Bertola: 1
Philippe Souaille: 1
Philemon Bissig: 1
Salika Wenger: 1
Gorgui Ndoye: 1
Boris Drahusak: 1
Pascal Holenweg: 1
Yves Scheller: 1
Robert Rodrik: 1
Walter Schlechten: 1
Valerie Cuenca: 1
Julien Cart: 1
Micheline Pace: 1

Autres statistiques qui ne tiennent pas compte des 4 premières notes publiées au départ sur un autre blogue.


Le nombre de commentaires: 106


Les statistiques des visiteurs uniques et le nombre de pages consultées:


Février 2010: 289 visiteurs uniques pour 1127 pages
Mars 2010: 1055 visiteurs uniques pour 4063 pages
Avril 2010: 921 visiteurs uniques pour 11261 pages
Mai 2010: 914 visiteurs uniques pour 4129 pages
Juin 2010: 1192 visiteurs uniques pour 5043 pages
Juillet 2010: 640 visiteurs uniques pour 3406 pages
Août 2010: 732 visiteurs uniques pour 3969 pages
Septembre 2010: 1207 visiteurs uniques pour 5741 pages
Octobre 2010: 1507 visiteurs uniques pour 7359 pages
Novembre 2010: 1549 visiteurs uniques pour 7006 pages
Décembre 2010: 1237 visiteurs uniques pour 7086 pages

PS: ce qu’il faut savoir pour mieux comprendre ces données: le blog collectif ne publie que 4 notes par mois, durée d’apparition de chaque note dans la rubrique “Invités”: quelques heures et que pendant l’été et à la fin de l’année j’ai suspendu son activité.

Les thèmes abordés par le Blog collectif:

Le bilan La lumière L'attente Le silence Le prix La météo Les langues Les retrouvailles La famille Les racines La Constituante L'automne Le mariage Le salaire Le bonheur L’ombre La rue En attendant la rentrée La rentrée Le rire La fontaine Vieillir Le respect La télévision L’érotisme La paix L’amitié Le blog La pétition Le travail Le livre Le voyage L’insécurité Le bio Le chômage Le racisme Le printemps Clandestin Le paraître Le politique La saint-Valentin Intégration Le suicide La liberté Les mots Le sens

Haykel Ezzeddine

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"Bilan : document qui interdit de se raconter des histoires un mois sur douze. "  Philippe Bouvard

11.12.2010

La lumière

Par Djemâa Chraïti, Danièle Bianchi, John Goetelen, Haykel Ezzeddine et Jean-Marie Gumy

© julien tromeur - Fotolia.com copie.jpg

Nouvelle mise à jour avec un texte de Jean-Marie Gumy
“Méditez sur la lumière. Premièrement vous êtes la lumière. Ensuite la lumière est en vous. Enfin, vous êtes la lumière”.  Sathya Sai Baba
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Peindre le monde d’un pinceau de lumière

turban.gifLe tableau qui accroche l’âme et la laisse pantelante est  celui de Vermeer :”La jeune fille à la perle ” peint par l’artiste -peintre vers 1665,  à Delft.   Un portrait  émouvant qui présente une jeune fille qui capte la lumière, un halo jaune qui l’enrobe délicatement, qui l’imprègne toute entière, nymphe délicate happée par cette lumière qui tel un voile se pose léger sur elle. Cette lumière représente-t-elle l’amour de l’artiste-peintre pour  sa jeune servante  qui s’occupe de ses six enfants et qui tente d’amadouer avec art l’épouse tout en résistant à la belle-mère et à la gouvernante. ?
Une lumière divine ? Une lumière qui laisse présager un ailleurs lumineux. Force est de se demander ce que nous propose Vermeer, on ne sait pas d’où elle vient, il faut la deviner,  la pressentir. Ouvrir les yeux sur  un monde que l’on côtoie, celui de la couleur, de l’or, du scintillant, du chaud. Une lumière mystérieuse que l’on boit avide de luminosité et qui suggère la puissance et la force, cette lumière engloutie pour éclairer nos coins obscurs, nos replis de ténèbres, pour illuminer les  égarés que nous sommes  dans les méandres de nos noirceurs. Cette lumière céleste qui nous invite à partager  les joies d’un royaume céleste.

La lumière de Vermeer fait gémir les écrivains,  elle les fait souffrir dans leur art, la peinture vermeerienne est un défi, elle bafoue la littérature, elle l’a réduit à peu de choses.   Comment arriver à reproduire une telle atmosphère, suggérer un tel monde par sa simple plume ?  Un Proust s’agenouille devant le maître, il fait mourir Bergotte un de  ses personnages devant “La vue de Delft”.  Il s'inspire  aussi peut-être des derniers jours de Balzac qui quelques jours avant sa mort,  malgré la désapprobation générale, se traîne péniblement en bas des escaliers de son immeuble jusqu’au Louvres s’enivrer pour une dernière fois de cette lumière, se donner un peu de force avant le dernier grand voyage.

Un peintre c’est cela :”c'est quelqu'un qui essuie la vitre entre le monde et nous avec de la lumière, avec un chiffon de lumière imbibé de silence.”


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La lumière dans les yeux

1068310732.jpgJ’ai un coup de «blues». La lumière me manque! Celle du soleil, celle qui crée des ombres sur le mur, celle qui est chaude, celle qui éclaire le livre que je suis en train de lire.
Et comme on nous dit, à juste titre, qu’il ne faut pas gaspiller l’électricité, je ne peux pas me résoudre à illuminer mon salon.
Il me reste la lumière des bougies, leur flamme tremblante, et les lumières de fêtes qui parent nos rues et nos places de magie.
Il y a encore la lumière dans les yeux de ceux qui m’aiment et que j’aime, celle qui vient du profond de leur coeur, celle qui brille dans les yeux d’inconnus croisés au hasard de la vie, dont la force et la profondeur rend leur visage ... lumineux.

Danièle Bianchi

Photo: Haykel

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La route de Soi

FemmeBaignoire.jpgIl ne comprend rien. Que fait-il là? Tout est noir. Il palpe les parois de la boîte. Elles sont en carton. Un carton épais et rugueux. Trop solide pour creuser un trou. D’ailleurs il ne peut bouger les bras. Tout est si serré. Elle était plus large quand il y est entré.

Comment a-t-il glissé dans cette boîte? Au début c’était un jeu. On se cachait et le dernier découvert gagnait. Gagnait quoi? Il le sait maintenant: gagnait le droit de rester dans la boîte et de ne plus en sortir. On l’avait laissé être le dernier.

Il faut préciser toutefois qu’il n’avait pas été pris au dépourvu. Il était question de devenir le phare de la civilisation. Mieux: la lumière du monde! Sa mission serait d’éclairer les âmes perdues. Et Dieu sait s’il y en a des âmes perdues. Les officines de salut public étaient prises d’assaut. A croire que personne ne savait plus comment trouver son chemin. Pourtant il suffisant de suivre les signes au fond de soi. Mais la route de Soi était recouverte de sable. Personne ne l’empruntait plus, préférant consulter les guides touristiques de l’âme dans des manuels vieillots que l’on dit immuables.

Si donc il ne comprend rien au processus en cours, il reste persuadé d’accomplir une mission d’importance exceptionnelle dans un destin de légende: être la lumière du monde! Etre le chemin à la place du chemin. Etre la Vérité devant la Vérité.

C’est pourquoi rien ne l’inquiète. Il sent bien ses membres rétrécir mais il pense que c’est une divine providence qui l’adapte à la grandeur de sa cage. Il fait mine de ne pas se rendre compte du rétrécissement de la cage. Au même rythme que lui. Les jours passent. Il ne s’inquiète pas non plus quand il sent ses jambes se souder, puis fusionner en une seule partie métallique. Il trouve même intéressant le fait qu’elles spiralent en pas de vis. Cela permettra sans doute de creuser dans l’insondable profondeur du bien et du mal. Une lumière du monde se doit de savoir creuser.

Quand il se sent durcir il se dit que l’épreuve le rend plus fort. Et quand enfin son coeur devient de verre il vante les vertus de la transparence.

En même temps il a continué à rétrécir. Mais il n’a rien remarqué. La boîte reste proportionnée à lui. S’il voyait dehors, il se demanderait pourquoi il est bousculé. Il verrait la main le prendre et le poser dans une armoire.

Et quand, quelques jours plus tard, une voix de femme dirait:

- Chéri, l’ampoule a sauté. Peux-tu la remplacer? Je suis dans la baignoire!

il s’inquiéterait de se sentir à nouveau pris et bousculé. Que penserait-il quand, le carton s’ouvrant, il se sentirait vissé dans le support de lampe de la salle de bain?

Mais en voyant la beauté de la femme dans la baignoire, il ne regretterait pas d’être devenu la lumière du monde... disposant dorénavant de 10’000 heures de contemplation!

John Goetelen

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Pourvu qu’il y ait de la lumière


553957076.jpgLe titre est inspiré de la chanson de la sémillante Mylene Farmer: ”Pourvu qu’elle soit douce!” La lumière par opposition à l’obscurité génère une force naturelle positive. Je n’ai rien inventé! Je ne fais qu’éclairer une certaine réflexion. Dans bon nombre de pays, la lumière est une richesse incontestable...c’est le chemin le plus court vers le savoir et la connaissance. Un jour j’ai parlé avec un sénégalais dont la famille habite le fin fond de la brousse. Son frère est devenu un enseignant et par le hasard des évènements un excellent représentant de la lumière. Oui, il a vécu toute sa scolarité sous la lueur des bougies et il en a usé un paquet pour éclairer non pas sa lanterne mais ses futurs élèves. Bien qu’il a les moyens de partir en ville et retrouver la lumière étincelante mais artificielle, il a préféré rester au milieu des siens pour dispenser le savoir à ses congénères. 

Haykel Ezzeddine

Illustration: © jeff Metzger - Fotolia.com

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Imen, ma lumière


Photos-01944.jpgComme un Carthaginois parti conquérir le monde d'Hannibal, je suis parti à la conquête de ton coeur de biche blessée par les hommes et la vie. Sans cesse, je me battrai pour toi. Sans cesse, je remuerai ciel et terre pour te garder. Sans cesse, je donnerai ma vie pour que Dieu nous unisse ici bas ou au paradis. Sans cesse, la Terre et ses hommes pourront nous punir de cette alliance, pourront nous envoyer leurs injustices et nous opposer leurs désirs de cupidité à la pureté de notre amour. Sans cesse, les êtres humains pourront nous dire que la religion c'est faire du mal à d'autres humains qui ne croient pas à la vraie religion. Nous redirons sans cesse que notre lien à Dieu, notre religion passe à travers notre lien amoureux indéfectible. Toi et moi, nous ne serons pas détruit par une humanité qui a oublié d'aimer, qui a délaissé l'amour pour préférer la haine et les conflits. Allah est un. Allah est unique. Allah regarde, sait, et se tait.

Imen
tu es mon amour,
mon pont d'or et de diamants,
mon havre de paix et de liberté,
mon bonheur, mon foyer,
ma lumière, et ma joie.

Jean-Marie Gumy

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“Plus claire la lumière, plus sombre l'obscurité... Il est impossible d'apprécier correctement la lumière sans connaître les ténèbres”.  Jean-Paul Sartre

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Le Blog collectif prend des vacances. Retour le 8 janvier 2011

Billet collectif du 09 janvier avec le thème: " Le bilan"

Dernier délais d'envoi le 08 janvier

20 à 30 lignes - police Times New Roman- avec image format jpg, si vous souhaitez en envoyer une.

A envoyer à  collectifgeneve@yahoo.fr

Ce blog s'adresse à toutes les blogueuses et les blogueurs de la Tribune de Genève et de 24 Heures

A vos plumes !

05.12.2010

L'attente

Par Djemâa Chraïti, Haykel Ezzeddine, Jean-Marie Gumy, Danièle Bianchi et John Goetelen

© RKPHOTO - Fotolia.com copie.jpg

"L'attente commence quand il n'y a plus rien à attendre, ni même la fin de l'attente. L'attente ignore et détruit ce qu'elle attend. L'attente n'attend rien."   Maurice Blanchot

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Attendre la vérité

tombe.gifL’attente, une douce parenthèse qui s’ouvre et nous maintient dans un état parfois d’anxiété, de joie, de  surexcitation. Un imaginaire qui se nourrit d’espoir, d’images évoquées, de visages désirés. Dans ce moment qui nous pétrit de désir, attendre c’est espérer, croire en un rêve qui deviendra si prochainement réalité. Et puis en profondeur craindre son corollaire, à force d’attendre, c’est l’ennui qui se pointe, avec son cortège de soupirs et de larmes. Qui n’attend plus, n’espère plus. Une parenthèse qui se ferme sur un futur en néant, un lendemain englouti par l’indifférence où tous les jours se ressemblent.

L’attente nous forge, nous construit. Autour d’elle, une vie entière s’érige, se construit. Elle devient un pilier autour duquel nous bâtissons nos vies, nous leur donnons un sens.
Je me demandais ce que j’attendais de très fort. La vérité ? Je suis en attente d’une vérité même si elle est insoutenable, celle d’un père torturé, syndicaliste, chef de la libération par la suite  condamné à mort et jeté dans une fosse commune, non identifiée à ce jour,  en Tunisie. J’attends qu’on le sorte du trou dans lequel on l’a jeté avec douze autres condamnés, avec cela c’est la vérité qui émergera toute puissante, si détestable à découvrir, celle qu’on croyait avoir enterrée avec ces morts.

On m’a dit d’attendre, le cours de l’histoire a besoin de temps, il se nourrit d’attente, attendre que les coupables encore vivants disparaissent, que les lâchetés se confondent, se diluent dans le paysage des couards et des traîtres.  S’assurer  que plus aucune main ne porte de sang, les mains tâchées du sang des coupables. On m’a dit avec l’histoire, il faut être patient, le temps d’attente est plus long que celui des individus, et les requêtes individuelles doivent s’effacer devant l’histoire, il faut courber l’échine.

Alors j’attends, et je sais qu’un jour l’attente est toujours rattrapée par le besoin d’y voir plus clair, même lorsque c’est un peuple entier qui attend pour comprendre comment on l’a trompé pendant tant d’années, par le silence et le mensonge.

La vérité ne s’est jamais encombrée du temps pour éclater au grand jour :  il suffit d’attendre


Djemâa Chraïti


Illustration: La première tombe virtuelle de l'histoire d'internet la seule et unique tombe de Lazhar Chraïti

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Le 5 décembre, commémoration de l’assassinat du syndicaliste Farhat Hached


n8865944946_404248_3024.jpgLe contenu de cette note m’a été inspiré par mon amie, la talentueuse blogueuse Djemâa Chraiti. L'histoire de son père me rappelle une autre histoire toute aussi douloureuse.
Dimanche le 5 décembre c’est la commémoration de l’assassinat du syndicaliste Farhat Hached, figure bien connue du syndicat international, homme politique tunisien, un être généreux et sincère. Je ne l’ai pas connu mais je suis fier de le compter parmi les membres de ma famille. Il est l’oncle de ma mère. Depuis mon jeune âge et pendant toute ma scolarité le nom de Farhat Hached m’a accompagné. Et chaque fois qu’on évoquait son nom, son parcours  ou son assassinat, l’émotion m’envahit. Il y a quelques années en arrière j’avais eu la visite de son épouse Oum El Khir qui m’a raconté la dernière journée du défunt. Un petit rappel historique: le 5 décembre 1952 en pleine lute contre le protectorat français, Farhat Hached (38 ans) est victime d’un guet-apens. Il a été exécuté froidement alors qu’il conduisait sa voiture à la sortie de Radès, une banlieue tunisienne. Une première voiture a tiré sur lui et l’a blessé à l’épaule et à une main et une seconde s’est arrêtée pour l’achever d’une balle dans la tête. Oum El Khir a poursuivi son poignant récit pendant une bonne heure. Elle s’est souvenue de tous les détails de cette journée funeste. Son dernier petit déjeuner, les habits qu’il portait, les amis qu’ils allaient voir, la nouvelle de son soi disant “accident” et la longue attente avant la confirmation de son décès qui a suivi cette interminable journée. Cet assassinat politique comme plusieurs d’autres dans de nombreux pays est resté impuni. Plusieurs hypothèses sont avancées et dont la plus crédible est l’incrimination de l’Etat Français de l’époque. Depuis plusieurs années sa famille cherche la vérité sur cet assassinat, frappe à toutes les portes, remue ciel et terre pour trouver des indices, récolte des informations afin de confondre les responsables... Deux groupes sur Facebook comptabilisent ses recherches. L’attente d’Oum El Khir, de ses enfants, de sa famille et des tunisiens en général constitue une lutte contre l’arbitraire et l’oubli. L’attente pour soulager la mémoire collective. L’attente pour faire un deuil définitif. L’attente pour mettre fin aux doutes. L’attente pour guérir des plaies qui resteront à jamais ouvertes à défaut de trouver et de punir les coupables.

Haykel Ezzeddine

Photo d'archive

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L'attente d'un romantique

© IGORS PETROVS - Fotolia.com.jpg"Inchala, lundi, tu seras à moi". En six mots, elle vient de me transmettre tout son désir, toute sa tension amoureuse, toute son attente à mon égard. Il y a des mois que l'on ne s'est pas revu, elle et moi. Et voilà que plus le jour approche, plus je ressens le bonheur qu'elle représente pour ma vie. Oserai-je être audacieux avec elle? Saura-t-elle dépasser sa timidité naturelle?

Je suis comme un écolier qui vit son premier jour à l'école sentimentale. Elle est comme une écolière qui a repéré le garçon dans la cour et qui prie pour qu'il ait la bonne idée de s'asseoir sur le même banc qu'elle ou alors qu'elle ait le courage d'aller s'asseoir près de lui s'il est le premier à s'asseoir. Est-ce être ridicule que de ressentir pareil sentiment à 50 ans? Est-ce bien normal qu'une femme de 27 ans accueille le désir amoureux comme une adolescente de 13 ans? Comment allons-nous faire pour dépasser ce romantisme qui paraît complètement débile et désuet aux femmes et aux hommes de notre époque? A quel moment oserai-je dépasser son attente et la faire chavirer dans le jardin de nos délices?

Elle est une enfant adulte. Je suis un adulte redevenu enfant. Les particules limoneuses de notre attente vont-elles se libérer pour donner vie à nos fleurs d'amour? Encore quelques mois, et elle sera ici, entrée dans ma vie par un concours de circonstances tout-à-fait exceptionnelles. Beaucoup disent que Dieu n'a rien à faire dans nos vies. Et pourtant, là, si Dieu n'existait pas, personne d'autre que Lui et nous deux n'aurait donné une chance à notre histoire d'amour.

Au fait, je m'étais assis le premier à la table de la plage. Et c'est elle qui est venue ensuite demander si elle pouvait s'asseoir au pupitre des écoliers fugueurs. C'était le 1er janvier 2010 à 10 heures du matin. Le soleil brillait et mon coeur se mit à faire boum boum, rentrant instantanément dans une sorte de fusion solaire avec elle.

 

Jean-Marie Gumy

Illustration: © IGORS PETROVS - Fotolia.com

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...c'est le meilleur moment de l'aventure!

© Klaus-Peter Adler - Fotolia.com.jpgJe n’aime pas attendre! aux feux rouges, dans les files aux caisses des magasins, à la poste, à la banque, je suis impatiente!

Et pourtant! Que l’attente peut être belle! N’est-ce pas le sens de cette période de l’Avent? On se prépare, on imagine, on rêve. L’attente, c’est la joie anticipée, la réjouissance de ce qu’on prévoit et espère. Il y a tant et tant d’espoir, d’espérance dans l’attente! Il y a les préparatifs, qui sont déjà une joie, il y a la douce anxiété de savoir si tout va bien se passer comme on le rêve... et parfois l’attente est le meilleur moment de l’aventure.

Que l’attente peut être angoissante! Les nouvelles n’arrivent pas, le téléphone ne sonne pas, le réveil, la guérison ne viennent pas. L’attente nous fait imaginer, -imaginer encore-, mais le pire, le fatal, ce qui va se passer, peut-être.

L’attente est préparation, joie ou douleur anticipées.

Danièle Bianchi

Illustration: © Klaus-Peter Adler - Fotolia.com

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La fille en rouge


© Carole Mineo - Fotolia.com.jpgIl devait transporter jusqu’à son travail ce paquet lourd. Trop lourd pour aller à pieds. Il avait neigé toute la nuit. Avec cette neige et des pneus d’été, il n’aurait pas dû prendre la voiture. Jaune. Mais encore, ce n’est rien. Les autres ont fait pareil: sortir sans équipement. Rouge. Alors, quand il est arrivé en ville, il a trouvé normal qu’il y ait un ralentissement. «La route est large, cela ne durera pas» se disait-il. Le colis à l’arrière, la route devant, il attend.

Et cela dure. Depuis presque 30 minutes. Il voit plus loin les feux du carrefour. Vert. Jaune. Rouge. Vert. Jaune. Et ça recommence. Et rien n’avance. Rouge. Parfois un automobiliste actionne son klaxon. Puis un autre. Et un autre. On dirait des chiens qui hurlent dans la nuit. Et cela cesse. Vert. D’abord il reste calme. C’est la neige. On va plus lentement. Mais on ne va pas du tout. Alors il s’énerve. Jaune. Il peste contre ces imbéciles qui sortent sans précautions. Cela ne fait pas avancer la file. Rouge. Il crie. Peste encore. Rage. Crache par la fenêtre.
Et puis il descend de sa voiture. Vert. Il s’avance jusqu’au carrefour. Tout le monde regarde devant.
- Je vais voir! leur dit-il.
Jaune. Il va voir. Il n’y a rien à voir. Il revient.
- Alors, vous avez vu? lui demandent-ils par la fenêtre.
- Non. Il n’y a rien à voir.
Il rentre dans sa voiture. Et maintenant il n’en peut plus d’attendre. Dans sa tête il voit - rouge. Il ferme les yeux. Imagine une carabine. Non. Ce n’est pas assez. Un fusil mitrailleur. Une Kalachnikov. Non, non, il faut du gros. Du lourd. Vert. Un bazooka. Oui, un lance-roquette. Il s’imagine derrière un rocher. Il charge son tube et allume. Fffffffff.... Boum! Jaune. Quatre voitures en moins. Il recharge le tube. Feu Boum! Il y prend goût. Rouge. Recharge - feu - boum. Recharge - feu - boum! Bientôt il n’y a plus de voiture. Vert. Il tire sur les immeubles, sur les feux, sur le camion de salage. Il fait place nette. Boum! Boum! Boum! Vlamdedam! Un immeuble s’effondre. Il tire en l’air. Bang! Un avion touché. Crash boum hue! Jaune.
- Ouaiiiiiis!
Il crie et danse. Le passage est libre! Croit-il. Il rouvre les yeux. La file est pareille. Immobile. Sur le trottoir passe une fille en - rouge. Longs cheveux noirs. Visage blanc. Elle porte des paquets. Glisse sur la glace. Patatrasse! Les paquets tombent. Il sort. Va vers elle. Lui propose de l’aider. Prend ses paquets. Offre son bras. Vert. Monte chez elle. Elle propose un thé chaud. Il accepte. Boit le thé. Parle de la neige et des héroïnes de Tchékhov. Surtout Nina dans «La Mouette».
- J’aime beaucoup cette réplique: «Quand vous verrez Trigorine, ne lui dites rien… Je l’aime. Je l’aime plus que jamais… Sujet pour un petit conte… Je l’aime, je l’aime passionnément, je l’aime désespérément. Comme on était heureux jadis, Kostia !»
Elle montre ses photos de vacances au sommet du Kilimandjaro. Boit une vodka. Une heure passe. Il s’en va. Ils se promettent de se revoir bientôt. Ils iront au théâtre. Il retourne dans la rue. Jaune. Le passage est libre! Il entend un grand Boum!
A cent mètres les artificiers viennent de faire exploser sa voiture. Un colis suspect sur le siège arrière.
Rouge.

John Goetelen

Illustration: © Carole Mineo - Fotolia.com

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Ayez de grandes attentes et de grandes choses se produiront.   Art Fettig

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Billet collectif du 12 décembre avec le thème: " La lumière"

Dernier délais d'envoi le 11 décembre

20 à 30 lignes - police Times New Roman- avec image format jpg, si vous souhaitez en envoyer une.

A envoyer à  collectifgeneve@yahoo.fr

Ce blog s'adresse à toutes les blogueuses et les blogueurs de la Tribune de Genève et de 24 Heures

A vos plumes !

28.11.2010

Le silence

Par Jean-Marie Gumy, Robert Conrad, Luzia, John Goetelen, Danièle Bianchi, Haykel Ezzeddine et Djemâa Chraiti

© Jason Cosburn - Fotolia.com copie.jpg

"Parle si tu as des mots plus forts que le silence, ou garde le silence."  Euripide

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Les silences du passé

Dimanche dernier, j'ai reçu de ma fille aînée une liasse bien ficelée de lettres datant des années 82 à 85, lettres de correspondance gardées précieusement par ma première épouse, sa maman.

En ouvrant ce trésor personnelle, j'ai découvert en vrac des souvenirs enfouis dans ma mémoire, et certaines connaissances dont mon cerveau avait eu de la peine à conserver une trace quelque part. Il y avait, en vrac, des lettres reçus dans mon univers carcéral lors de mon emprisonnement aux prisons de la Chaux-de-Fonds pour objection de conscience; une critique de cinéma sur le film E.T. sorti en 82; les lettres reçus aux Etats-Unis de ma famille et de mes amis et les adrFotolia_866991_XS.jpgesses de mon oncle d'Amérique, Alex le Lituanien, maçon indépendant de métier, et son neveu Félix, connu dans l'avion faisant la liaison Luxembourg-Chicago, le chimiste d'Indianapolis qui me permirent tous deux de vivre au rythme américain durant plusieurs semaines; il y avait aussi les lettres reçues à Rapid City dans le camp retranché des Sioux rebelles de Yellow Thunder Camp, et même une superbe lettre d'amour, oubliée en chemin par Sophie, la maman de Manon, ma fille, et son télégramme express m'avertissant du lieu (Chicago), de la date, et de l'heure son arrivée sur territoire américain; en plus, il y avait les très nombreuses lettres de mon hôtesse de l'air préférée, Kerstin, l'Allemande de Lufthansa, qui avaient des amis disséminés dans le monde entier et en Amérique aussi.

Il y avait, chose étrange, les mots émouvants d'un jeune homme disparu aujourd'hui, mon ami d'école et de varappe, suicidé par la vie, qui me parlait des cauchemars qu'il faisait car il ne savait pas à cette époque, tout comme moi d'ailleurs, quel métier embrassé bien que son père posséda une entreprise familiale de serrurerie. Il me causait de sa culpabilité, des mots durs des gens qui disaient de lui qu'il n'avait rien envie de faire de sa vie. A force, il confirma. Et dans un délire personnel, se donna la mort. Un garçon très intelligent, trop intelligent et sensible pour résister au plan morbide qu'il avait préparé en secret.

Il y avait des lettres de ma regrettée et chère maman.

Il y avait enfin trois cartes postales, parmi d'autres, en provenance de Londres, Paris, Barcelone, et une lettre, toutes expédiées par mon premier amour, une fille aux yeux bridées un brin artiste qui portait le joli nom de Liê~u et que j'avais connu à la Cité universitaire de Genève. Une fille qui avait abordé les Beaux-Arts sans y toucher de pleins pieds, puis avait voulu embrasser la photographie en professionnelle. Une fille déracinée de son Viet-nam natal par la guerre qui me troublait même lorsque je fus marié à ma charmante épouse. Une fille libre, sans réelles attaches sentimentales, qui disparut un jour de mon existence sans laisser de traces après un dernier baiser d'amour coupable qui mis en danger ma nouvelle vie familiale.

Toutes ces lettres m'ont remué au plus haut point. J'ai retrouvé les lieux, les odeurs, les personnages d'un film oublié, rendu silencieux pendant plus d'un quart de siècle. Des archives vécues, des moments intenses de sentiments multiples et multipliés en quelques minutes de lectures ou je passais du rire à l'émotion, presque aux larmes, avant de m'échapper de mes fantômes pour retrouver l'actualité du jour: ma fille, Manon, et sa fille de 2 mois, Aymar. Nous avons même eu un téléphone commun en direct avec sa mère à qui je faisais part de mes découvertes...

Des fantômes étaient venus me visiter par leurs mots écrits à la main, des mains dont certaines étaient mortes depuis un certain nombre d'années, des âmes dont j'avais pour la plupart perdu la route comme l'adresse postale.

Et dans la voiture, roulant dans le brouillard épais des Franches-Montagnes avec ma fille au volant et son bébé sur la banquette arrière, j'avais l'impression d'avoir refait un bout de chemin dans le passé. Les silences sont parfois des mots auxquels des personnes se sont libérés un jour pour offrir leurs sentiments, leurs révoltes, leurs passions, leurs interrogations à un destinataire qui possédait une densité d'intérêts communs échappés au temps et à l'espace de nos vies ordinaires tellement automatiques, parfois.

Ne jetez jamais vos souvenirs par le fenêtre, ils reviendront alors un jour au galop dans votre vie et vous permettront de renouer avec votre âme et celles de vos correspondants qui passaient par là embellissant votre vie et la leur.

Jean-Marie Gumy

(illustration:© V. Yakobchuk - Fotolia.com)

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L'invitée: Luzia ex blogueuse à la Tribune de Genève

 

"Ma fille"

Luzia.jpgAvez-vous déjà mangé aujourd’hui madame coccinelle ?  
-  Je suis contente de te voir,  maman…
-  Je crois…
-  Qui êtes-vous ?
-  Je suis ta fille …

Elle regarde sa boite en métal, elle la regarde et nie l’avoir, elle est dans cette boite elle ne me dira rien, elle ne peut rien dire, elle a oublié, elle lit un papier qu’elle tient dans la boite avec une photo de moi petite,

- Tu ressembles à ma fille
- Je suis ta fille

Silence, nous nettoyons la chambre, elle se couche sur son coté, elle se couche de l’autre coté, elle regarde la télé, je passe l’aspirateur, elle me regarde, elle demande l’heure, elle me demande mon prénom,  elle parle tout le temps, elle parle pour remplir le silence de sa mémoire …

- Vous faites quoi ?
- Je nettoie, maman
- Je parts maman, je reviens demain, l’infirmière arrive pour la nuit…
- Pouvez-vous dire à ma fille qu’elle vienne ?
- Je viens de lui dire, madame coccinelle…à demain..

Je sors , je pleure à chaque fois, je tiens à ce mot "fille" qu’elle prononce si souvent, elle se souvient de moi, tout se tait dans son esprit, tout sauf  "ma fille", je crains le jour ou elle oubliera de me dire de dire à sa fille qu’elle vienne, le silence entre nous sera totale, je tiens à l’entendre ce mot, qui rempli notre présent, un seul mot, un petit mot qui nous tiens au chaud, qui casse avec obstination ce silence qui menace de venir chaque jour…

Et aujourd’hui il n’est pas arrivé…

Luzia

(Illustration: Luzia)

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Les six lances

La pièce d’entraînement est blanche: murs, plafond, sol. Sauf un cercle peint en noir où Thilon se tient debout. Sur ses côtés deux électrodes capables de générer un arc électrique. Devant, à 18 mètres, la cible: un rond de paille serrée d’un diamètre de 25 centimètres. Près de lui, six lances.

Thilon a choisi de passer l’épreuve ultime. Celle qui fera de lui un guerrier d’exception - ou qui le tuera. Depuis tout petit il a poussé ses limites à l’extrême. Devenir membre du clan très fermé des guerriers d’exception est un aboutissement logique.

FinalFantasy.jpgLe clan compte 12 hommes. Ils défendent la colonie contre les prédateurs de la forêt. Les Arrangs sont les plus dangereux. Ils viennent défier les guerriers en combat et guettent le moindre signe de faiblesse. Ils sont d’une rapidité exceptionnelle. La vie se joue sur un rien: une demi-seconde d’inattention et ils plantent leurs griffes dans votre poitrine. La vigilance et le contrôle doivent être absolus.

Les guerriers risquent leur vie toutes les nuits à cause des Arrangs. Ils sont l’objet d’un très grand respect de la part des membres de la colonie. S’ils survivent lils ne remplissent cette fonction que pendant 8 ans. Après leurs réflexes s’émoussent. Ils sont remplacés et terminent leur vie sans avoir à travailler: tout leur est offert en récompense des services rendus.

Quand l’un des guerriers meurt au combat ou quitte sa fonction il doit être remplacé. Ce jour est venu. Thilon est sorti victorieux des épreuves qui l’opposaient aux autres candidats. Maintenant il est seul. Il doit enfoncer les six lances dans la cible. Assez fort pour qu’elles restent figées. Qu’une lance rate la cible ou rebondisse et tombe, l’arc électrique se déclenche sous l’onde de choc. Il envoie un courant de haut voltage et de faible ampérage pendant 15 secondes. De quoi provoquer une sensation de brûlure intense et très douloureuse. Parfois même une épilepsie.

Si le candidat crie ou fait le moindre bruit, en tombant hors du cercle par exemple, ou s’il déclenche une crise d’épilepsie, un gaz au cyanure se répand dans la pièce: il meurt en moins d’une minute. Pareil s’il ferme les yeux: des capteurs scrutent son visage. Fermer les yeux c’est mourir sous les griffes des Arrangs. Autant mourir pendant l’épreuve.

C’est à cause de l’importance qu’ont ces guerriers pour la colonie que leur vie est réellement mise en jeu. Ils ne doivent pas échouer.

Thilon jette ses lances. Une. Deux. Trois. Elle se fiche dans le bord, tremble, mais tient. Quatre. Cinq. Il se prépare pour la sixième, bande ses muscles, mais un léger doute le traverse: la lance manque la cible. Aussitôt l’arc électrique se déclenche. Thilon ressent la brûlure comme des couteaux qui traversent son corps. En un instant la douleur est insupportable. Il ouvre la bouche, sa langue tordue en sort, ses muscles saillent sur tout son corps, il a mal, il voudrait hurler, tomber, fermer les yeux.

Mais Thilon tient. Il tient malgré le supplice qui dure. Chaque seconde est une minute. 15 secondes, 15 minutes. La pire souffrance de sa jeune vie.

Et soudain l’arc cesse de le brûler. Il se sent comme une immense plaie. Mais il n’a rient dit. Il est resté debout et silencieux. A gardé les yeux ouverts. Il a réussi l’épreuve.

Une porte s’ouvre dans le mur. Les mécanismes sont désactivés. Le plus ancien des guerriers d’exception, celui qui quitte le clan, vient le chercher et l’amène dans une maison blanche auprès de ceux qui seront désormais ses seuls compagnons pendant les huit prochaines années. S’il survit.

John Goetelen

(illustration: extrait de  final fantasy)

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...des silences doux...

Fotolia_4444749_XS.jpgJ’aime, au retour d’une journée de travail, retrouver le silence de mon appartement. J’aime, le matin, au réveil, un moment de silence pour rassembler mes idées et me préparer à ma journée. Ce sont des silences doux, amicaux, qui ne font pas peur, qui ne sont pas hostiles, qui ne divisent pas.
Le silence, pour ne pas faire du mal, pour ne pas envenimer les choses, le silence quand on ne sait pas, mais avec tendresse, accompagné d'un geste.
Le silence ... celui des choses qu’on ne dit pas, qu’on n’ose pas dire, qu’on ne veut pas dire. Ce silence qui s’élève comme un mur invisible et d’autant plus difficile à briser, qui partage, qui exclut, qui finit par diviser durablement. Le silence hostile, coléreux, culpabilisateur, vengeur, qui ne laisse aucune place à la parole....
Il en est du silence comme de beaucoup de choses : l’intention compte autant voire plus que le fait.

Danièle Bianchi

(Illustration: © Martine A Eisenlohr - Fotolia.com)

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Le silence, je t’aime moi non plus!


712138140.jpgIl y a de quoi être interloqué. Dans plusieurs endroits le silence est imposé. Hôpital, train, cinéma, théâtre, bibliothèque... Des écriteaux viennent même rappeler les étourdis leur devoir à respecter le mutisme le plus complet. Muet comme une carpe pour mieux apprécier le son, l’image, l’art, le transport en commun...et le respect aux malades... Jamais je n’ai vu une pancarte indiquer le contraire. “Ici, défense d’honorer le silence!” “Le bavardage est une obligation”.
Face à la pollution sonore qui nous entoure force est de constater que quand le bruit se fait rare, le silence se remarque à coup sûr. Vous savez l’histoire du vide qui impressionne, de l’être qui vous manque, du repos du guerrier après la bataille... J’habite et je travaille dans un quartier fâché avec le mot silence. Les décibels battent tous les records du lundi au vendredi après-midi, 24h00 sur 24. Du vendredi soir au dimanche soir j’ai rendez-vous avec le silence. Une escapade chaque week-end au valais pour me ressourcer. Les premières heures sont les plus belles parce qu’elles marquent la transition. Pas de Klaxons, seul le bruit des cloches des vaches et le gazouillis des oiseaux rompent de temps en temps la quiétude des lieux. Un natel qui sonne est c’est la honte chez ce relais de silence. Un jour plus tard le citadin prend le dessus sur le villageois de transit. Le bruit me manque et le silence m’étourdit. J’ai trop été exposé au vacarme de la ville comme si j’ai reçu une dose de radiation contre le silence. Et me revoilà sur le chemin du retour ravi de retrouver le tumulte de ma ville. Les premières heures sont les plus belles parce qu’elles marquent la transition...jusqu’à vendredi après-midi...

Haykel Ezzeddine

(photo: Haykel)

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Le silence, la langue oubliée


© Linuxartist - Fotolia.com.jpgIl y a les langues apprises puis délaissées,  reléguées dans les tiroirs avec les vieux souvenirs poussiéreux. Les nouvelles que l’on acquiert pour se diriger dans le vaste monde.  On se réveille encore la nuit pour étudier les langues mortes rien que pour le plaisir de cette sonorité  perdue  dans des âges  lointains, et en les lisant on se recrée un monde, on le reconstruit à force d’imagination. D’un accord Tacite, on historise.
Les langues avec lesquelles on jure avec force et conviction, celles avec lesquelles on fait l’amour, mais encore pour la comptine de l’enfant en berceuse vocalise, une langue-chanson. Les langues qu’on lit parce qu’on adore un auteur, on n’y comprend presque rien, mais juste s’offrir le plaisir de découvrir comment il ou elle a formulé ses mots à lui, ses  phrases, ses mots dessinés, pensés, choisis. Un Cervantes ou un Stefan Zweig aimés jusque dans leur langue, jusque dans les tréfonds de leur âme.
Et puis cette langue que j’apprécie par dessus-tout avec laquelle je navigue superbement parfois et je  devrais me l’imposer plus souvent : le silence. On le déroule pareil à un tapis rouge pour voir défiler les stars , déguisées, maquillées à outrance en vue de cacher tous les défauts, en vain. Mensonge et traîtrise défilent dans ce long silence. On regarde quelqu’un, la question qui vous brûle les lèvres est posée puis on laisse le silence accomplir son travail puissant, qui révèle les angles, les pièges tendus, les demi-mensonges ou les demi-vérités, tandis que sur le visage, vous observez des centaines de traits qui vous parlent plus forts que des mots.
La force du silence, une langue accompagnée parfois de gestes lents et tendres qui verbalisent l’émotion contenue.
Et puis parfois avec impertinence,  je conclus: le sage aime le silence, langue du génie, et le fou le bruit, langue  de l’ignorance.

Djemâa Chraïti

Note déjà parue le 7 novembre sur ce blog

(illustration: © Linuxartist - Fotolia.com)

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"Malheur à ceux qui n'ont pas connu le silence ! Le silence est un peu de ciel qui descend vers l'homme." Ernest Psichari

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Billet collectif du 5 décembre avec le thème: " L'attente"

Dernier délais d'envoi le 4 décembre

20 à 30 lignes - police Times New Roman- avec image format jpg, si vous souhaitez en envoyer une.

A envoyer à  collectifgeneve@yahoo.fr

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26.11.2010

Le Prix

Nouvelle mise à jour!!!!

Par Jean-Marie Gumy, Robert Conrad, John Goetelen, Haykel Ezzeddine et Djemâa Chraiti

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"La rareté du fait donne du prix à la chose."  Jean de La Fontaine

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Le prix de la vanité humaine


Sans titre-9.jpgLe prix? Quel bonne idée que le prix? Sans coût, pas de prix, et sans prix pas de coût. Il a payé le prix pour ses actes manqués. Quinze ans de taule avant de retrouver l'aube du jour. Prix Nobel de la paix. Mais qui donc mérite ce prix glorieux pour un monde toujours en avance d'une guerre?
Prix. Elle a gagné le prix de Miss Univers. Non. Ce n'est pas vrai. Elle fantasme qu'elle gagne le prix de Miss Univers et pour cela elle va en payer le coût. Vanité, rencontres hasardeuses, fiel et miel confondus dans un chaudron d' orgueil, prête même à faire lit commun avec ses futurs juges afin qu'ils votent pour elle. Prête à tout pourvu qu'elle soit la plus belle du monde. Un peu comme une équipe de football championne du monde. Beaucoup de labeur, de sueur, de gestes artistiques et techniques, d'artifices et de triches pour obtenir un penalty qui fera balancer la victoire dans le camp des meilleurs artificiers du monde. Mais que restera-t-il de la candeur, de la fraîcheur, de l'innocence de cette splendide fille et de ces boys tapant dans un ballon rond à la recherche du Graal, du Triomphe de la Femme et de l'Homme?
Le prix de consolation. A celle et celui qui pleure sur son sort. Mais personne ne veut de ce prix sauf ceux qui se plaignent en permanence. Tout le monde veut l'or dans un monde devenu compétition. Tout le monde veut grimper sur la plus haute marche du succès. Succès littéraire avec l'extension du domaine de la lutte à tout son territoire égomaniaque à la poursuite du bonheur par la renaissance de l'être cynique prêt à tout pour vaincre en tenant en perspective finale la possibilité d'un île où les êtres humains ne seraient plus que des particules élémentaires se tenant agglutinés sur une plate-forme pétrolière forant fiévreusement dans un trou pour trouver l'or noir par une sorte de révolution froide donnant son sens au combat de HP Lovecraft contre le monde, contre la vie tout en restant vivant malgré lui dans un ultime sursaut d'orgueil en obtenant enfin ce suprême Prix Goncourt par une intervention quasi satanique sur sa carte et son territoire des vanités. Vendre son âme au diable et obtenir le Grand Prix de l'Amour des humains pour échapper à la haine et la disparition promise par nos guerres, nos banqueroutes, nos faillites, nos manquements, nos lâchetés, nos bassesses, nos tromperies. Marée Noire.
Au Grand Prix du Mexique, il y avait une belle Mexicaine qui roulait les mécaniques en Américaine. J'avais envie d'obtenir le Prix de son Coeur. Mais elle, elle se promenait dans la rue pour avoir mille hommes à ses bras. Somptueuse et cynique, elle passait sur les écrans du monde se moquant des sentiments trop humains. Elle était devenue une superbe poupée mécanique, une sorte de beauté froide qui faisait l'amour à des jouets masculins. Et comme tous se considéraient comme des jouets, ils avaient construit ensemble un monde de playmobil et de Lego avec des Barbie Bimbo et des Kent Macho. Et dans la ville, ça ferraillait dur. Des morts à tous les coins de rue pour obtenir les faveurs des plus belles filles et gagner les meilleurs contrats financiers. Ils étaient devenus des gangsters. Elles étaient devenus des putes. Plus jamais de Grand Prix du Coeur à décerner. Seulement des prix de l'horreur camouflés en crimes d'honneur. C'était dans ma ville mexicaine, la réalité du monde.
Au final, on chercha le prix du plus grand héros humain jamais descendu sur la Terre. On hésita entre Gandhi, Jésus, Moïse, abbé Pierre, Muhammad, Bouddha. Et on entendit Dieu parler: "Pour eux, pas de prix. Ils sont trop chers pour que vous puissiez y rattacher un prix". Les humains comprirent alors que le prix était une chose mais que l'humanité était au-dessus de tous les prix trouvés et obtenus sur le marché de nos vanités humaines. C'est alors que les humains comprirent l'importance de Dieu dans leur vie quotidienne.

Jean-Marie Gumy

(illustration: © hannahfelicity - Fotolia.com)

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Le prix du Paradis

© Mvcabral - Fotolia.com.jpgUn homme avait vécu toute sa vie en peinant douloureusement pour être parfait. Il se contraignait à mille pénitences, mangeait très frugalement, contrôlait tant ses pensées pour éviter de pécher qu’il ne pensait plus. Tout les jours il notait ses bonnes actions et s’imposait des punitions sans fin pour la moindre pensée suspecte qu’il aurait eu envers les humains. Quand il se faisait moquer il souriait au point où son expression était devenue une sorte de rictus permanent. Il pensait comme tout le monde afin d’éviter toute manifestation qui pût être considérée comme une marque d’orgueil.
Son voisin était un épicurien, jouisseur, coléreux à ses heures et joyeux le reste de l’année. Il aimait la bonne chair, n’hésitait pas à prendre un pousse-café ou quelque substance illicite, insultait volontiers les abrutis qui le dépassaient sur l’autoroute, ne donnait qu’aux bonnes oeuvres déductibles de ses impôts, bref, n’en faisait qu’à sa tête. D’ailleurs il trouvait toujours suspect d’être du même avis que quelqu’un d’autre et cultivait par principe sa singularité.
Un jour où les deux hommes parlaient ensemble sur le trottoir devant leur maison, une voiture folle les faucha tous les deux. Leur mort fut instantanée. Ils arrivent donc ensemble au Paradis. Le Placeur les reçoit.


Ah, Monsieur Parfait! Bienvenue au Paradis. Vous avez réservé?

Oui, oui, j’ai été parfait. Une vie exemplaire, sans jamais un péché, sans un pet plus haut que l’autre. Ce fut très dur mais j’y suis parvenu.

Je vois, je vois. Pour vous, c’est la chambre des souffrances. Et vous Monsieur Joyeux? Avez-vous réservé?

Non, rien, il fallait?

Non, aucune obligation. Pour vous ce sera la chambre de la Félicité éternelle.

Mais enfin, s’écrie Monsieur Parfait, comment est-ce possible? Comment n’ai-je droit qu’à la chambre des douleurs et lui à la chambre de la Félicité?

Très simple, dit le Placeur. Vous avez payé le prix de la souffrance pour être parfait, vous serez donc dans la souffrance. Vous comprenez, ici au Paradis nous pratiquons la justice la plus stricte. Chacun reçoit ce pour quoi il a payé.

Et mon voisin, il n’a rien payé!

- Justement. Comme il ne s’est fait aucun souci il reçoit la chambre de la Félicité. Et ne vous plaignez pas. Parce qu’avec votre acharnement à être parfait, vous auriez pu avoir pire: la chambre à air. Vous avez la tête qui enfle, qui enfle, qui éclate, et ça recommence infiniment. Vous auriez préféré?

John Goetelen

(Illustration: © Mvcabral - Fotolia.com)

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Le prix du meilleur lecteur


Sans titre-7-ssssss.jpgComme toute peine mérite salaire, toute distinction aboutit forcement à un prix. Qu’il soit symbolique ou concret, le prix qui récompense le plus valeureux, c’est ainsi qu’on doit le prendre ne remporte pas toujours l’adhésion totale. Dans le sport en général il y a le score qui départage les joueurs alors que dans d’autres domaines c’est l’appréciation personnelle qui fait foi. Les miss, les écrivains, les cinéastes, les musiciens et j’en passe en savent quelque chose. Cette entrée en matière est un prélude pour parler d’un lecteur assidu qui mérite un prix. Anonyme parmi les anonymes mais qui a un visage. Je le rencontre souvent dans les bistrots de quartier, ceux qui ont gardé une âme et qui favorisent par leur ambiance la lecture et l’écriture, des lieux qu’affectionne feu Georges Haldas. Je me débrouille pour m’assoir à côté de lui sans toute fois déranger le cérémonial qu’il se livre à chaque occasion. Son histoire m’intrigue et je n’ose pas le faire sortir de son monde...pour mieux le connaître. Jamais plus de deux mots échangés avec le serveur. “Une limonade” et “encaissez”!
Des écouteurs dans les oreilles, il commence par lire un journal puis sort un premier livre, un deuxième et enfin un troisième. Jamais les mêmes. Il se déplace avec un sac à dos ou un grand sac. Il détache l’étiquette du prix sur les livres, c’est une manie et commence religieusement sa lecture. Il souligne méticuleusement certains passages au stylo, revient en arrière pour mieux avancer. Abandonne le premier livre et entame le second et le scénario se renouvelle avec le troisième. Deux heures après il prend ses affaires et quitte les lieux pour aller jouer la même partition ailleurs. Comment je le sais? Le hasard de mes pérégrinations nocturnes m’a mis devant ce personnage deux fois de suite la même soirée.
A cet inconnu au visage connu je décerne le prix du lecteur assidu. Ne pouvant le récompenser concrètement je me contente de lui octroyer le prix symboliquement. Si vous le rencontrez ne lui dites rien. Observez-le et laissez-le dans son monde!

Haykel Ezzeddine

(Photos: Haykel)

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Le prix  : une force symbolique

Papillons_B4.jpgNous sommes assises dans les fauteuils club Chesterfield du restaurant Le Train Bleu,  à la Gare de Lyon de Paris.  Dans cette ambiance surannée Belle époque, je sirote tranquillement un thé vert japonais en attendant le train du dimanche soir qui doit me ramener à Genève. Une femme s'installe en face de moi, j'engage la conversation. Elle déclare être illustratrice, française, vivant à Lausanne et  née en Angola. : Anne Wilsdorf.
Elle a gagné de nombreux prix au cours de sa longue carrière, trente ans, et je profite de l'occasion, sachant que je dois rendre un texte à Haykel pour le blog collectif pour  la questionner sur les Prix. Un petit sourire en coin, très élégamment assise, le dos droit, elle analyse cela, pince sans-rire : " Les prix font souvent plaisir à ceux qui les distribuent . En l'occurrence, il faut bien se les faire offrir par quelqu'un puisqu'on ne peut pas se les attribuer à soi-même.  Et le prix, c'est souvent une affaire de petits copains qui se félicitent parmi, on marque son appartenance, les gardiens du Temple surveillent à ce qu'on continue bien dans leur lignée. Mais aussi le prix permet de se libérer, une fois qu'on l'a obtenu, il nous affranchit et nous autorise enfin à être ce que nous sommes, de sortir de la norme, il est garant d'une certaine liberté."
Pour ma part, lorsque j'apprends qu'un artiste ou un écrivain vient de recevoir un prix, je m'exclame : Aïe, le pauvre ! Je m'imagine la collection de papillons sous verre  aux larges ailes devenues inertes, clouées sur un joli velours rouge ou vert et de les comparer  à tous ces artistes et écrivains cloués au sol, écrasés par le poids des insignes et des honneurs. Les papillons  sont beaux, mais ils ne volent plus. C'est un peu le poids des prix, ils vous empêchent de demeurer  aériens et de butiner librement.
Récemment, on m'a contactée pour m' attribuer un prix pour mon  roman "Les clandestins de ma grand-mère" (je l'annoncerai officiellement dans quatre  mois) , je suis restée dubitative, ne sachant trop que faire de cette information. Je croise au  Bourg-de-Four un protagoniste de mon roman, un Colombien,  autrefois clandestin,  qui nettoyait les vitres d'un magasin. Je le hèle :  Luisito ! Il paraît qu'on a gagné un prix. Il cesse net de nettoyer la vitre , il me regarde sans piper mot. Il pleure d'émotion. Tu l'offriras aux clandestins de Genève, n'est-ce pas ? A ce moment-là, je réalisai la force symbolique du prix et ce qu'il représente aux yeux de tous.

Djemâa Chraïti

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"La rareté fait le prix des choses." Pétrone

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Billet collectif du 28 novembre avec le thème: "Le silence "

Dernier délais d'envoi le 27 novembre

20 à 30 lignes - police Times New Roman- avec image format jpg, si vous souhaitez en envoyer une.

A envoyer à  collectifgeneve@yahoo.fr

Ce blog s'adresse à toutes les blogueuses et les blogueurs de la Tribune de Genève et de 24 Heures

A vos plumes !

13.11.2010

La météo

Par John Goetelen, Robert Conrad, Haykel Ezzeddine et Jean-Marie Gumy

 

© Web Buttons Inc - Fotolia.com copie.jpg
"De l'histoire, prise par les sens, des vents, des pluies, grêles, tonnerres, la réflexion a passé à la recherche de leurs origines, causes, effets, etc. et a produit la science qu'on appelle météorologie".
Jean le Rond d' Alembert

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Un incroyable cadeau

© Sylvain Bilodeau - Fotolia.com.jpgA 14 ans je voulais devenir météorologue. J’aimais observer le ciel et tenter de prévoir le temps du lendemain. Quand une perturbation pluvieuse passait j’essayais d’en évaluer le centre, quand le gris profond et homogène des nuages se mêlait à une pluie dense et régulière.

Les mouvements de l’air, les directions des vents, les différents types de nuages, tout cela me passionnait. Je savais lire les cartes météo dans le quotidien que mon père recevait, les fronts chauds et froids, les tempêtes selon le rapprochement des lignes isobariques.

J’avais le sentiment de communier avec la Terre et l’Air. Je me souviens m’être fait une grosse frayeur en voulant à tout prix rester sous un orage! Je revois encore ce front froid déboulant du plateau suisse et dont la ligne avancée était une immense barre verticale de nuages comme coupée au couteau, qui défilait contre le Salève à la vitesse d’un troupeau de mustangs. Devant: ciel clair. Quand elle fut sur nous, tout fut gris sombre en moins de 10 secondes, la neige se mit à tomber en bourrasques et la température chuta de 10 degré en moins d’une heure.

J’avais lu comment fabriquer sa petite station météo avec les moyens du bord. Un cheveu attaché d’un côté et enroulé sur une aiguille de l’autre faisait office d’hygromètre, l’aiguille se terminant par une flèche sur un cadran. Et cela marchait! J’avais aussi mon pluviomètre, mon anémomètre - raté, lui! Je n’ai jamais pu évaluer correctement la vitesse du vent. J’avais bien sûr aussi le thermomètre. Je lisais la pluie à venir dans les pommes de pains, entre autres petits trucs: elles s’ouvrent à l’humidité. Le résultat n’était pas toujours d’une grande précision mais toujours d’un grand intérêt.

Il me manquait un instrument essentiel pour le météorologue: le baromètre. Mon père, voyant que je crochais vraiment, est allé un jour dans un magasin d’optique et a fait faire un baromètre, un vrai baromètre au mercure, rien que pour moi. Un modèle simple mais unique! Je revois encore le tube de verre et le mercure, la planche de bois avec, gravés, les indications de pression, soit de beau temps à tempête et les lignes des millimètres. C’était un incroyable cadeau.

Ce baromètre m’a accompagné pendant très longtemps, bien après que j’aie renoncé à devenir météorologue. En effet, le jour où j’ai appris que les maths étaient poussées dans ce métier j’ai compris que ce n’était pas pour moi. Je n’avais hélas pas de talent pour les équations et autres opérations compliquées.

Mais je reste toujours passionné par l’état du ciel, les directions des vents, la ballade des nuages et le ballet des hautes et basses pressions et je fréquente régulièrement les sites météo avec images satellites.

John Goetelen

Illustration: © Sylvain Bilodeau - Fotolia.com

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De l’imprévisible

© Ofri Stern - Fotolia.com.jpgC’est fou l’importance qu’on accorde à la météo. Je comprends qu’un pêcheur ou qu’un agriculteur puissent s’intéresser aux conditions météorologiques. Pareil aussi pour les pilotes et bien d’autres professions où la sécurité est tributaire du temps qu’il fait ou qu’il fera.  Certains ne sortent pas de la maison sans lire leur horoscope et d’autres sans consulter religieusement les prévisions météo. Je ne sais pas s’il y a des statistiques pour montrer la crédibilité des prévisions de dame nature. Si on prend le cas particulier de Genève, bon nombre de fois Monsieur ou Madame météo botte en touche pas par incompétence mais pour confirmer que la météo n’est pas une science exacte et que l’étude des phénomènes atmosphériques a ses limites. Combien de fois on nous dit de sortir couvert parce que le temps va se gâter à cause d’une forte perturbation venant du nord après avoir traversé le sud, l'est et l'ouest. Et c’est un temps estival qui prend ses quartiers. Demain, n’oubliez pas d’emporter avec vous votre parapluie. Pour rien, pas une seule goutte venant des cieux!  On a beau implorer le ciel pour savoir quel habit mettre pour demain ou pour planifier un pique-nique le week-end, mais rien n’y fait, les caprices du temps sont aussi imprévisibles que la nature humaine aussi impénétrables que le secret divin!

Illustration: © Ofri Stern - Fotolia.com
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Météo, météore, météorite. Boum! Elle venait de lire le petit sms laissé sur le Samsung par son Roméo:

"Je te quitte. Oublie-moi. Tchaô."

2109804236.jpgCe fut comme un cyclone dévastant tout son quotidien. A son boulot, on crut d'abord qu'elle avait fait nuit blanche sous une pleine lune tellement elle paraissait abrutie. D'autres assurèrent qu'elle semblait en totale dépression. Une collègue l'a trouva carrément "sous les Tropiques" avec son air brûlé d'après coup de soleil. "Vaporeuse comme la brume d'hiver s'insinuant sur le plateau des Franches-Montagnes" enrichit avec poésie un Jurassien pur souche qui dit par la suite que "Lothard avait du passé sa dernière nuit à scier le tronc de cette belle fille au lieu de s'occuper d'elle dans un plumard".

C'était un 26 décembre, comme un lendemain de Noël, abandonnée par son amant Roméo, elle venait de perdre la foi.

Elle était devenue pendant toute la sainte journée le phénomène météo principal de la boîte avec ses dérèglements climatiques, sa banquise reconstituée, son réchauffement remis à plus tard, sa tornade amoureuse transformée en noyade de naïade libertine post-moderne prise dans une coulée de boue en tenue bikini croyant pourtant au retour de son Roi Soleil régnant en maître sur la chaleur écrasante de son Sahara. D'ailleurs son Roméo l'avait surnommée "Sahara mon Amour" à cause de la chaleur qu'elle transmettait à tous les hommes quand elle déambulait en petites tenues vestimentaires, dans les rues passantes et sur les lieux de son travail.

En fait, son Roméo venait de la quitter car il ne supportait plus ni les éruptions volcaniques qu'elle provoquait de temps en temps sur son passage parmi les hommes, ni les coulées de lave et les nuées ardentes qu'il soupçonnait s'étendre comme le diable en ébulition sur son corps de midinette, et cela depuis un certain temps déjà. Il avait eu confirmation de ses soupçons, il y a un mois ,d'un ami qu'il surnomma dès ce jour "Tsunami", que sa copine le trompait avec une sorte de garçon faisant tomber les filles sur un coup de tabac dans le corps et d'un coup de foudre dans les yeux. L'indic ne faisant pas la pluie et le beau temps, il chercha à en savoir plus et découvrit le pot au noir au passage d'un beau trimaran bien bronzé et sûr de lui qui venait chercher la belle Alizée à la boîte pour l'emmener naviguer en Mer des Orgasmes. Il fut tout secoué comme un cocotier pris dans un ouragan asiatique. Il plia mais ne broncha pas sur ses racines.

Alizée remarqua bien que ses collègues de travail médisaient sur elle durant cette maudite journée. Alors elle demanda une réunion collective d'urgence pour mettre les choses aux poings. Elle leur fit ce speech tenu à la façon d'une présentatrice de météo:

"Bulletin météo du 26 décembre 2010:

Une zone dépressionnaire s'est installée dans ma vie. L'anticyclone des Açores s'est barrée avec une pouffe qui provoquera des pluies torrentielles sur sa zone pas franche du tout. Il en découlera des innondations monstres saccageant très sûrement son camping-car de pacotille. Quand à moi, il faut me laisser le temps de me reconstruire. Je demande à tous mes amis l'aide en cas de catastrophe sentimentale. Que celles et ceux qui ont des tentes festives et du matériel de premières nécessités s'activent pour nourrir mon petit coeur tout âbimé. Téléphoner ce soir, hors des heures de bureau, à ma ligne de coeur et faites tous  et toutes promesse de don de soi.

C'était le bulletin météo du jour présentée par Alizée, votre stagiaire préférée. Maintenant au boulot et que l'on ne reparle plus de moi. Le soleil brille très fort malgré qu'on se les gèle. La pluie peut aller se faire foutre".



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"La météo est une science qui permet de connaître le temps qu'il aurait dû faire".
Philippe Bouvard Extrait de Les Pensées

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Billet collectif du 21 novembre avec le thème: "Le prix "

Dernier délais d'envoi le 20 novembre

20 à 30 lignes - police Times New Roman- avec image format jpg, si vous souhaitez en envoyer une.

A envoyer à  collectifgeneve@yahoo.fr

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